Inauguration du Parvis du Père Hamel.

Nous étions nombreux pour la cérémonie du nouveau Parvis Jacques Hamel.

Je vous joins ci-dessous une copie de mon discours lors de l’inauguration de ce matin en hommage du Père Hamel.

« Monsieur le Préfet :

Mesdames, Messieurs les Parlementaires :

Mesdames, Messieurs les Conseillers départementaux ;

Mesdames, Messieurs les Maires et Conseiller municipaux ;

Monseigneur ;

Mesdames, Messieurs :

Chers amis :

Nous sommes aujourd’hui réunis afin de rendre un hommage républicain au père Jacques Hamel, atrocement assassiné à Saint Etienne du Rouvray le 26 juillet 2016.

Chacun de nous, j’en suis sûr, a en tête le récit de cet événement, son ignominie et sa sauvagerie.

Je n’en referais pas ici le détail même s’il faut, je crois, toujours garder en conscience ces mots qui décrivent la réalité, aussi dure et impensable soit-elle.

Il faut nommer avec justesse ce qui est advenu pour ne jamais feindre que de tels actes aient pu exister.

L’histoire renseigne autant qu’elle nous enseigne.

Le père Jacques Hamel a été poignardé à mort pour sa liberté de croire, égorgé férocement pour sa liberté de parole, assassiné sauvagement pour sa liberté de penser.

Il a été tué par des fanatiques, des individus qui détestent les hommes et la liberté.

J’ai des pensées émues à cet instant pour sa famille et ses proches qui ont dû affronter ce deuil et continuent à vivre avec ces images.

Je ne peux oublier dans cet hommage les trois religieuses de Saint Vincent de Paul : Hélène Decaux, Danièle Delafosse et Huguette Péron présente auprès du père Jacques Hamel en ce mois de juillet 2019.

Avec une pensée toute particulière pour sœur Daniel que j’ai eu l’occasion de bien connaitre au Local Saint Vincent à Canteleu quand j’étais plus jeune.

Monsieur Guy Coponet, présent lui aussi avec sa femme, en ce mois de juillet à l’office le jour de son anniversaire n’échappa pas à la folie meurtrière de ces individus victime de coups de couteaux qui le blessa grièvement et je salue sa famille très attachée à notre ville.

Je souhaite, également, que nous n’oublions pas le courage et l’efficacité des forces de l’ordre et de secours qui sont intervenues ce jour-là avec professionnalisme mais aussi à Nice, à Paris et ailleurs et qui ont dû se confronter à la barbarie.

Jacques Hamel était avant tout l’un des nôtres dans cette grande famille que forme l’humanité et dans laquelle tous les hommes doivent être libres et égaux entre eux.

Au-delà des croyances et des obédiences, il y a cette universalité des droits de l’homme qui nous lie les uns aux autres. L’émotion unanime et sans frontière qu’a suscité l’assassinat du père Hamel a montré combien nous pouvions faire valoir notre attachement à la dignité humaine, combien nous étions capables de nous rassembler pour porter d’une seule voix notre refus envers l’intolérance et notre rejet de la violence.

Je voudrais d’ailleurs profiter de cet instant pour vous redire que malgré l’effroi du récit, l’atrocité des événements décris, la sidération ressentie par chacun, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas succomber à l’esprit de vengeance, ni à celui des amalgames.

Cela signifierait que nous avons perdu notre bataille pour la paix.

Cela signifierait que nous avons capitulé face aux fanatismes les plus vils. Nous devons résister.

Plus encore.

Nous devons combattre toutes ces formes d’obscurantisme dont les issues ne conduisent qu’à la barbarie.

Nous devons rester nous-mêmes face à cet adversaire sans nom, ni visage et défendre, sans faillir, nos valeurs républicaines avec les armes de la justice et le poids de notre cohésion.

Soyons vigilants et lucides.

Ne laissons pas s’immiscer dans notre quotidien ces discours de haine, ces idéologies sectaires, ces politiques dangereuses qui sèment la discorde en parlant à tort et à travers de civilisation.

Non, il n’y a pas de guerres de civilisation.

Il y a un monde qui change et qui nous impose un défi : Celui de donner une existence et une réelle consistance à, ce que nomme si justement Edgar Morin, « notre terre-patrie ».

Je disais l’homme libre et cela bien que nous ne sachions finalement peu de choses du père Jacques Hamel eu égard à sa discrétion et sa modestie.

Elles auront été sa ligne de conduite durant toute sa vie.

Les témoignages le jour du drame montre l’homme de courage et de conviction.

Les écrits, qui lui ont été consacrés par la suite, éclairent un peu plus ce que fût cet homme de foi, cet homme de cœur bienveillant.

Jacques Hamel était un homme libre, je le redis. Il a, en effet, choisi, en son âme et conscience, de consacrer sa vie entière à la spiritualité, à la religion, et cela, sans jamais s’en détourner. Enfant de chœur dès l’âge de 6 ans, il entre à 14 ans, au petit séminaire de Rouen.

Son père, mécanicien à la SNCF, lui aurait préféré, dit-on, une carrière d’ingénieur.

Néanmoins, respectueux des aspirations de son fils, il aura laissé l’adolescent libre de suivre le chemin qu’il avait décidé et le destin qu’il souhaitait embrasser.

En 1958, Jacques Hamel est, en toute logique, ordonné prêtre et aussitôt nommé vicaire.

De Saint-Antoine du Petit Quevilly à Saint Etienne du Rouvray en passant par Sotteville-lès-Rouen ou encore Cléon, le père Hamel sillonnera l’agglomération tout au long de son sacerdoce.

Sa proximité avec les habitants, son implication auprès des personnes les plus fragiles restera l’un des fils rouges de sa manière d’appréhender sa mission, la trame personnelle de mettre en musique la conception qu’il avait de sa fonction de prêtre.

Son sacerdoce aura toujours été empreint de modestie, disais-je, mais aussi d’écoute et d’attention, loin de tout prosélytisme.

Le philosophe en soutane, Pierre Teillhard de Chardin disait « qu’il ne faut pas oublier, que ce qui donne sa valeur et son intérêt à la vie, ce n’est pas tant d’accomplir des réalisations spectaculaires que d’accomplir des choses ordinaires avec la perception de leur immense valeur ».

J’ai le sentiment que le père Hamel aurait pu faire de cette citation, en quelque sorte, sa devise.

Dans les écrits qui lui sont consacrés, j’ai noté qu’un mot revenait souvent à son propos, celui d’humilité.

Jacques Hamel était un homme humble.

L’humilité, terme dérivé du latin humus qui signifie « terre », est cette capacité à garder les pieds sur terre tout en acceptant cette part de faiblesse et de fragilité inhérente à notre condition de simple mortel.

Cette lucidité vis-à-vis de la nature humaine, vulnérable et altérable, le père Jacques Hamel se l’appliquait donc d’abord à lui-même afin d’être au plus près des autres et de les comprendre.

Ce n’est, encore une fois, que l’expression de la profonde tolérance qu’il l’animait et qu’il entendait diffuser autour de lui.

Aussi et enfin, ce rapport à la terre ne semble pas si anodin dans l’histoire de Jacques Hamel.

L’homme était très lié à sa terre normande où il est né un 30 novembre 1930 à Darnétal.

Il était très attaché à ce bassin de vie rouennais où il effectuera, vous l’aurez compris, la totalité de son ministère et cela, jusqu’à son dernier souffle puisque le 26 juillet 2016, c’est dans son église où il officiait encore qu’il fut assassiné.

Alors, oui, nous avons très symboliquement choisis la date anniversaire de sa naissance pour lui rendre cet hommage républicain.

Nous avons fait le choix de dévoiler cette plaque commémorative sur le nouveau Parvis qui porte maintenant son nom, située elle aussi symboliquement entre celle de la rue de l’église et de la rue de la République et vous rassembler ici, à l’espace culturel Beaumarchais, en ce jour où Jacques aurait eu 89 ans.

Une naissance, quelle qu’elle soit, est, à mon sens, tout autant un commencement qu’un prolongement. Elle porte en elle tous les espoirs du monde.

L’histoire nous imposent une responsabilité vis-à-vis de l’avenir.

« Seule la mémoire permet aux hommes d’espérer » disait Elie Wiesel.

Gardons bien en tête ces mots et continuons de construire, tous ensemble et sans relâche, un monde solidaire où la liberté, l’égalité et la fraternité forment le socle du vivre ensemble dans le respect de nos différences.

Vive la république, vive la France, »