Une cérémonie de commémoration du 8 mai 1945, si particulière…

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Commémoration du 75ème anniversaire de la fin de cette guerre 39-45:
« Aujourd’hui, nous ne sommes pas réunis place Jean Jaurès comme nous avons, chaque année, l’habitude de le faire pour nous retrouver et rendre l’hommage qui leur est dû aux victimes et aux résistants de la seconde guerre mondiale. Non. En ce 8 mai 2020, chacun est chez soi. C’est donc depuis mon bureau, chez moi, que je rédige ces quelques lignes pour inviter chacun à se souvenir, à réfléchir et à commémorer, à sa manière, ce 75ème anniversaire de la fin de cette guerre 39-45. Evidemment, cette cérémonie sans rassemblement, ni porte-drapeaux revêt un caractère bien singulier. Cette commémoration en la circonstance, « Nous sommes en guerre » a affirmé le Chef de l’Etat, prend un tout autre relief. L’assertion présidentielle peut sembler, pour certains, excessive. Il n’empêche. Nous sommes bien aujourd’hui confronté à une crise sanitaire inédite et brutale, obligé à combattre un ennemi invisible, qui a contraint plus de la moitié de la planète à une discipline stricte, à une résistance « passive », l’obligeant à rester chez elle parce que c’est la seule manière efficace de lutter contre cette pandémie meurtrière. Alors, aujourd’hui, à cet instant, je pense tout à la fois aux victimes d’hier comme à toutes celles d’aujourd’hui. Et le parallèle s’arrête là.

La seconde guerre mondiale aura été avant tout un combat politique, idéologique contre le fascisme et le nazisme, contre la terrible volonté d’hégémonie totalitaire, nationaliste et raciste. Au nom de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et celui d’un idéal fraternel, les états Alliés se sont levés et ont mobilisé leurs armées pour livrer bataille contre ces ambitions funestes expansionnistes. Cette guerre mondiale fût terrible, ne l’oublions pas. Ce conflit aura été l’un des plus meurtriers de l’histoire de l’humanité. Il aura causé des dizaines de millions de morts et des centaines de millions de blessés, physiquement mais aussi moralement. Il aura affecté durablement les esprits en révélant au monde ce que la folie humaine pouvait engendrer de pire. En effet, au sortir de cette guerre, le monde découvrait, dans une sidération collective qui perdure encore aujourd’hui, l’impensable, l’innommable. L’Allemagne nazie avait programmé, organisé l’extermination systématique des juifs. Près de six millions d’entre d’eux ont péri dans les chambres à gaz. Alors, le 8 mai 1945, la capitulation de l’Allemagne nazie marquait la victoire des droits de l’Homme contre l’infamie et la barbarie. Cette victoire nous la devons à nos armées, à nos alliés mais aussi à nos résistants, femmes et hommes de l’ombre. Ces citoyens, portés par une force de conviction et une abnégation incroyable, se sont engagés au péril de leur vie pour défendre la liberté.

À Maromme, pour certains, nous connaissons leurs noms, leurs visages. Ils nous sont devenus familiers. Des rues ou des bâtiments publics portent leurs noms pour saluer leur mémoire et inscrire leur courage dans le patrimoine de notre commune. Germaine et André Pican, bien sûr, en sont des figures emblématiques. Militants antifascistes, ils sont parmi les premiers à appeler et à organiser la résistance dans notre région passée sous l’Occupation allemande. Pour leur activisme, André sera fusillé et Germaine déportée. Autres Marommais, autres résistants, Raymond Duflo et Julien Villette ont en commun d’avoir activement participé au sabotage de la voie ferrée de Pavilly. Le premier sera fusillé, le second conduit jusqu’aux camps de la mort où il sera exécuté. Il avait 21 ans. René Delisle, membre du réseau « Hamlet Bückmaster » auquel nous avons dédié une rue il y a que quelques années, aura, quant à lui, permis à Maromme d’éviter des bombardements programmés en 1944. Instituteurs, ouvrier du gaz ou à Sénard, employé ordinaire, chacun d’eux avait décidé de ne pas laisser la terreur l’emporter sur la liberté. Chacun d’eux avait décidé de panser les affres du présent parce qu’ils pensaient, avec raison, que la Paix est un idéal qu’il nous faut préserver. Ils demeurent des exemples pour les générations qui les ont succédées à Maromme comme ailleurs.

Je dis souvent que l’histoire nous renseigne autant qu’elle nous enseigne. Aujourd’hui, nous le savons, la Paix ne s’impose pas d’elle-même. L’actualité virale, aussi inquiétante soit-elle, ne saurait occulter ni les nombreux conflits armés qui parsèment le monde, au Proche-Orient, en Afrique ou encore en Afghanistan, ni la montée pernicieuse des régimes populistes et autoritaires qui s’installent en Europe et ailleurs. Gardons bien à l’esprit que la Paix se construit, chaque jour, continuellement, à l’échelle de la planète, de l’Europe, des états mais pas seulement. La paix exige un effort permanent de chacun pour que disparaissent la haine, les conflits et les morts qu’ils entraînent. Cette commémoration, chaque année, a vocation à s’enraciner toujours plus profondément dans notre histoire collective pour réaffirmer notre volonté de continuer à bâtir et garantir une Europe libre, une société unie, solidaire et rassemblée. Cette commémoration, chaque année, se veut être le témoignage de notre vigilance permanente envers le présent face aux tentatives de révision du passé, contre l’intolérance, le fanatisme et toutes les formes d’ostracisme. « Seule, la mémoire permet aux hommes d’espérer » écrivait à juste titre Elie Viesel. Oui, la mémoire est un outil exceptionnel et indispensable pour chaque citoyen.

Alors, ce matin, au nom de nous tous et malgré les circonstances, je suis allé déposer une gerbe au pied du monument place Jean Jaurès comme le signe de notre attachement à cette mémoire, pour rendre hommage aux 70 millions de morts qui ont péri durant cette seconde guerre mondiale et pour signifier notre engagement indéfectible et inaltérable envers la liberté, l’égalité et la fraternité. »